Haute trahison
P est donc venu s'installer avec nous. Nous lui avions ouvert notre maison...
Au départ il buvait quelques Ricards... Il y a plus de verres dans une bouteille de Ricard que dans une bouteille de whisky (ouais, j'ai compté
). Ses jaunes étaient de plus en plus sombres... Avec le temps, le Ricard le rendait malade, j'ai remarqué que les alcooliques buvaient très peu de Ricard... C'est que ça vous détruit en un rien de temps mais... Un alcoolique ne veut pas mourir... Paradoxal.
Après quelques semaines il était passé au whisky, au début c'était du bon. Il fallait que cela passe pour du plaisir et sans doutes que ça l'était dans les premiers temps.
La bouteille tiltait très rapidement, je ne sais plus très bien en combien de temps il la buvait mais c'était rapide !
Son addiction est devenue forte très vite, à tel point qu'il ne pouvait plus s'en passer, si il ne buvait pas, il ne parlait pas...
Ma mère essayait de lui parler souvent, au départ c'était une approche plutôt compatisante mais par la suite cela tournait à un véritable duel entre ma mère et les bouteilles de P. Ils s'engueulaient très régulièrement, pour des raisons qui parfois m'échapaient, parfois c'était pour leurs relations sexuelles qui se faisaient très rares (inexistantes serait plus juste), parfois parce qu'il buvait trop tôt (même pas parce qu'il buvait tout simplement, non, juste trop tôt... Cherchez l'erreur), parfois aussi parce qu'il ne mangeait pas avec nous. Parce que, oui, un alcoolique ne mange pas au moment où il se met une "mine", il mangera après, quand il n'a plus d'équilibre. Vous pensez bien qu'il ne fallait pas éponger, ça aurait été gâché ! Bref, ils finirent par ne plus communiquer, voir très peu.
Je n'intervenais que très rarement dans leurs histoires, juste quand le ton commençait à monter trop haut à mon goût. Les mois défilèrent, j'étais entré au lycée. Ma mère, ne supportant plus la situation, m'a demandé d'essayer d'être leurs médiateurs, ou en tous cas d'aider P à décrocher, je l'ai comprit comme ça.
Le souci avec les alcooliques (entre autres) c'est qu'ils ne sont pas prêt à discuter de leur problème d'alcool sans être ivre. Malheureusement, dans le cas de P (et certainement de beaucoup d'autres) le lendemain tout est oublié, il reste bien un fond de discussion mais c'est quand même la grosse mémoire de poisson rouge qui domine.
Du coup je me suis dis, bon... L'heure tourne, plus il boit et plus il aura envie de boire, plus le temps passe et plus ce sera dure de le faire décrocher. Malgré tout, à chaque discussion que nous avions, il en restait un petit quelque chose le lendemain... Il ne fallait pas le brusquer. J'ai donc décidé de le marteler avec nos discussions. Chaque soir je discutais avec, jusqu'à très tard car il ne parlait que quand il était raid... Nous discutions sans le jugement, j'essayais de le comprendre et il m'écoutait... Son petit jeu, au bout d'un moment, était de trouver des excuses pour que je tolère le fait qu'il boive, ce qui était "fort" c'est qu'il lui fallait ma permission. Un alcoolique aura toujours une excuse, même la plus grosse invention, pour pouvoir se mettre une mine. C'est le cas pour beaucoup, voir toutes, les addictions fortes. Enfin c'est mon sentiment.
Un jour où il m'avait dit qu'il ne boirait pas, il nous a révélé une chose profondément déroutante. Il nous a demandé de nous assoir. Et il nous a fait sa révélation : il avait le sida. Le temps s'est alors arrêté, j'ai ouvert grand les yeux, ma respiration est devenue d'abord très lente, j'ai pensé à ma mère, puis ma respiration s'est accélérée... Je n'avais qu'une envie, c'était de lui faire mal. Ma mère s'est tout de suite mise entre nous, dos contre lui et m'a dit : "ne fais rien". Je suis parti dans ma chambre et j'ai tapé sur tous les murs, tous sans exception, jusqu'à ne plus pouvoir, une rage, une haine, que jamais je n'aimerai ressentir à nouveau. Je suis revenu après quelques minutes mais ils étaient sorti... Elle est rentré sans lui. Ce ne fût que temporaire malheureusement... Je ne l'ai pas recroisé jusqu'à ce que je décide de dormir au lycée, d'être interne si vous préférez... Me coucher à 3-4h du matin était bien trop difficile pour moi et je ne supportais plus l'idée de le voir...
Au départ il buvait quelques Ricards... Il y a plus de verres dans une bouteille de Ricard que dans une bouteille de whisky (ouais, j'ai compté
Après quelques semaines il était passé au whisky, au début c'était du bon. Il fallait que cela passe pour du plaisir et sans doutes que ça l'était dans les premiers temps.
La bouteille tiltait très rapidement, je ne sais plus très bien en combien de temps il la buvait mais c'était rapide !
Son addiction est devenue forte très vite, à tel point qu'il ne pouvait plus s'en passer, si il ne buvait pas, il ne parlait pas...
Ma mère essayait de lui parler souvent, au départ c'était une approche plutôt compatisante mais par la suite cela tournait à un véritable duel entre ma mère et les bouteilles de P. Ils s'engueulaient très régulièrement, pour des raisons qui parfois m'échapaient, parfois c'était pour leurs relations sexuelles qui se faisaient très rares (inexistantes serait plus juste), parfois parce qu'il buvait trop tôt (même pas parce qu'il buvait tout simplement, non, juste trop tôt... Cherchez l'erreur), parfois aussi parce qu'il ne mangeait pas avec nous. Parce que, oui, un alcoolique ne mange pas au moment où il se met une "mine", il mangera après, quand il n'a plus d'équilibre. Vous pensez bien qu'il ne fallait pas éponger, ça aurait été gâché ! Bref, ils finirent par ne plus communiquer, voir très peu.
Je n'intervenais que très rarement dans leurs histoires, juste quand le ton commençait à monter trop haut à mon goût. Les mois défilèrent, j'étais entré au lycée. Ma mère, ne supportant plus la situation, m'a demandé d'essayer d'être leurs médiateurs, ou en tous cas d'aider P à décrocher, je l'ai comprit comme ça.
Le souci avec les alcooliques (entre autres) c'est qu'ils ne sont pas prêt à discuter de leur problème d'alcool sans être ivre. Malheureusement, dans le cas de P (et certainement de beaucoup d'autres) le lendemain tout est oublié, il reste bien un fond de discussion mais c'est quand même la grosse mémoire de poisson rouge qui domine.
Du coup je me suis dis, bon... L'heure tourne, plus il boit et plus il aura envie de boire, plus le temps passe et plus ce sera dure de le faire décrocher. Malgré tout, à chaque discussion que nous avions, il en restait un petit quelque chose le lendemain... Il ne fallait pas le brusquer. J'ai donc décidé de le marteler avec nos discussions. Chaque soir je discutais avec, jusqu'à très tard car il ne parlait que quand il était raid... Nous discutions sans le jugement, j'essayais de le comprendre et il m'écoutait... Son petit jeu, au bout d'un moment, était de trouver des excuses pour que je tolère le fait qu'il boive, ce qui était "fort" c'est qu'il lui fallait ma permission. Un alcoolique aura toujours une excuse, même la plus grosse invention, pour pouvoir se mettre une mine. C'est le cas pour beaucoup, voir toutes, les addictions fortes. Enfin c'est mon sentiment.
Un jour où il m'avait dit qu'il ne boirait pas, il nous a révélé une chose profondément déroutante. Il nous a demandé de nous assoir. Et il nous a fait sa révélation : il avait le sida. Le temps s'est alors arrêté, j'ai ouvert grand les yeux, ma respiration est devenue d'abord très lente, j'ai pensé à ma mère, puis ma respiration s'est accélérée... Je n'avais qu'une envie, c'était de lui faire mal. Ma mère s'est tout de suite mise entre nous, dos contre lui et m'a dit : "ne fais rien". Je suis parti dans ma chambre et j'ai tapé sur tous les murs, tous sans exception, jusqu'à ne plus pouvoir, une rage, une haine, que jamais je n'aimerai ressentir à nouveau. Je suis revenu après quelques minutes mais ils étaient sorti... Elle est rentré sans lui. Ce ne fût que temporaire malheureusement... Je ne l'ai pas recroisé jusqu'à ce que je décide de dormir au lycée, d'être interne si vous préférez... Me coucher à 3-4h du matin était bien trop difficile pour moi et je ne supportais plus l'idée de le voir...
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