L'année du Bac

Publié le par Wam


Après une longue pause sur le sujet, voilà la suite de mon histoire. Le début se trouve ici.
Je vous remets dans le contexte...


Je viens de partir pour Paris suite à cette histoire, enfin Paris... La banlieue parisienne serait plus juste, mais quand t'as fait un petit séjour en province, forcement l'ile de france, c'est Paris... J'étais, plus précisément, dans le nord de l'essonne (91), à la frontière entre la seine et marne (77) et le val de marne (94).

Mon frère m'avait donc hébergé chez lui, j'avais même une chambre pour moi, je venais de quitter tous mes potes d'Orléans avec qui j'étais très proche. J'avais quitté Audrey, ma petite copine, ainsi que mes meilleurs amis Florian et Thomas du jour au lendemain... Et pas sans regrets, mais il le fallait ! J'ai gardé plus ou moins contact avec eux par téléphone et on avait décidé de se revoir quand on pourrait.

Il a fallu trouver un lycée, heureusement un ami de mon frangin était prof dans un lycée et avait réussi à me faire entrer. C'était un lycée à Créteil, vous savez là où il y a le centre commercial Créteil Soleil... Ouais bah tu parles d'un soleil... Le premier jour, quand je suis arrivé là bas, j'ai été accompagné à la salle de classe. Il n'y avait personne dans les couloirs, les cours avaient déjà commencés... Toc, toc, toc... On entre dans la pièce, j'entre tout sourire, apparemment ils étaient au courant qu'un nouveau arrivait. La CPE (comprenez conseillère d'éducation) me présente. Je balaye la salle du regard et là je vois des regards froids, des regards tristes, des regards rageux... La CPE à peine partie, les vannes fusèrent. "Putain c'est un babtou", "Bienvenue enculé"... Un mec du fond de la classe se lève, deux têtes de plus que moi, et me dit "bienvenue petit blanc, viens t'asseoir à côté de moi !" c'était presque un ordre... Tout ça se passait comme si il n'y avait pas de prof... Elle avait déjà reprit son cours, personne ne l'écoutait, ça gueulait dans la salle, je ne comprennais pas pourquoi elle ne disait rien, c'était un autre monde et il fallait s'adapter très vite, question de survie. J'ai donc décidé de m'asseoir où j'avais envie... Ouais ! C'est à dire que je n'avais pas le choix car il ne restait qu'une place à côté de Mister "j'ai deux têtes de plus que toi et j'te donne des ordres". Bon... Finalement je me suis assis plein de préjugés mais on avait parlé un peu, le mec voulait tout savoir sur moi et je ne disais que ce qu'il avait besoin d'entendre pour me lâcher la grappe. C'était juste sa façon de s'exprimer, il parlait fort avec un air de wesh wesh mais était assez gentil dans le fond. Je me suis prit une boulette de papier, de la taille d'un balon de handball ^_^ mon nouveau pote Mister 2têtes se leva, prit la boule et la relança dans la tronche de celui qui me l'avait lancé... Peut-être était-ce un cours d'EPS... Hummm nan, il y avait bien des notions d'économie au tableau... Et d'un coup on entendit la prof crier comme une tarée, tout le monde la ferma, elle avait les larmes aux yeux, s'est excusée et est sortie de la classe en pleure... Ma première heure de cours était terminée... Mais où suis-je tombé !?

C'était en fait la pire classe de terminale de tout le lycée... J'ai fait la première semaine et j'ai dû sécher les 3 suivantes...

Malgré tout c'est dans cet endroit que j'ai appris bien plus sur les relations humaines que dans toute ma vie, cette année où j'ai compris ce qu'était la discrimination et où, pour une fois, c'était les blancs qui étaient en minorité, la violence gratuite, la mafia, voir des flics débarqués main sur l'arme, des élèves qui insultent les profs. Un lieu ou les difficultés sont quotidiennes, un lieu où finalement il y avait plus d'ouverture d'esprit que nul part ailleurs, les gens étaient francs et sincères. Ouais, si un mec n'aimait pas ta gueule il venait te le dire .

Mon frangin, qui travaille dans l'informatique et gagne bien sa vie, m'avait acheté un ordinateur, c'était un truc inimaginable pour moi, je ne savais même pas taper sur un clavier ou encore installer un logiciel C'était l'époque où internet était en 56k et il fallait payer à l'heure sa connexion... J'ai dû sécher la moitier du temps et me suis plongé dans les ordis, c'était un échapatoire qui m'a permis d'apprendre quelquechose. Mon frère m'a vraiment aidé, encore... J'essayais en retour de le décoincer un peu, de le sortir de son monde de geek, de discuter avec lui comme avec un pote ! C'était pas une mince affaire mais à nous deux on avait réussi à s'ouvrir au monde de l'autre. Ce fût très instructif et enrichissant.

L'année c'est écoulée et j'en suis sorti entier Il y a eu cette bagarre... J'avais pu montrer que je n'allais pas fermer ma bouche ou baisser la tête juste parce qu'on me le demandait, aujourd'hui je le sais bien, la violence ne règle rien. J'étais pourtant discret, mais à cette époque je ne comptais pas raser les murs juste par qu'on me le demandait... Bref, année mouvementée mais qui a fini par passée. J'ai même eu mon bac sans aller en cours ... (enfin j'en suis pas très fière).

Du côté d'Orléans, mon meilleur ami Florian l'avait eu aussi son bac, mais il ne l'a jamais su... Deux jours avant les résultats il allait travailler et était extrêmement fatigué, il s'est endormi au volant et a percuté une famille de face à plus de 100 km/h, ça n'a pas pardonné, il s'est tué dans cet accident et a emporté cette famille, qui n'avait rien demandé, avec lui.

J'ai appris cette nouvelle chez D, l'ami prof de mon frangin... J'étais au téléphone, c'est Thomas qui m'a appelé pour me le dire. J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps, je ne pouvais plus bouger, j'étais complétement anéanti par sa disparition... Puis D m'a dit une chose, que j'avais trouvé très dure mais qui finalement m'avait calmé et m'avait fait relativiser, il m'a dit "Tu sais, tu as mal, mais il fait parti des statistiques...". Je l'ai regardé avec rage et haine sur le moment... Mais, lui qui avait perdu sa mère, ne s'était pas trompé.

A toi mon ami : avant de partir sur Paris tu m'avais dis que tu m'aimais comme un frère, tu es encore là tant que le souvenir que j'ai de toi est présent, je ne t'oublierai pas.


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Publié dans Juju story

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F
En réponse à ta dernière remarque : La confusion est un passage inévitable pour amorcer des changements de croyances. A présent, ta conclusion est de ton exclusive responsabilité.
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W
<br /> ça fait deux fois qu'tu l'dis <br /> <br /> <br />
F
En réponse à ta dernière remarque : La confusion est un passage inévitable pour amorcer des changements de croyances. A présent, ta conclusion est de ton exclusive responsabilité.
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W
<br /> Je ne reste figé sur rien, de ce fait les changements de croyances restent possibles <br /> <br /> <br />
C
coucou et bien pas facile ce lycée, et difficile d'endurer leurs insultes incessante mais tu as su réagir de la meilleur des façons<br /> <br /> Tu sais moi aussi j'ai perdu un copain, il avait 19 ans, il était passionné de musique, et est ce une fatalité, il est parti le jour de la fête de la musique, c'est lui qui devait tout installé, le matos, le son, les lumières, il était super heureux qu'on lui ai confié cette tâche<br /> Mais malheureusement comme ton ami, il a percuté un car anglais de face, et il n'a jamais su qu'avant de partir, il avait réalisé un travail de pro, tout était nickel<br /> Je pense souvent à lui, à Marc dit Marco<br /> <br /> bisous
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W
<br /> Sacrée histoire.<br /> Malgré tout il est parti en laissant un sacré souvenir !<br /> La vie ne tient bien qu'à un fil...<br /> <br /> <br />
S
tu as le don de "toucher" les gens et c'est rare de<br /> nos jours, tu arrives à nous faire sourire ou à verser<br /> une larme, mon frère était pareil<br /> je sais aussi que tu es sensible<br /> n'oublies les faiblesses deviennent des forces<br /> bisous
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W
<br /> J'pense que les histoires vécues touchent car justement c'est vécu, sans doute que ça se ressent... très touchant ton commentaire.<br /> Bisous Sliva <br /> <br /> <br />
F
Cet épisode me rappelle une controverse sur NAPOLEON. Je m'insurgeais en exprimant qu'il avait zigouillé tout plein de jeunes de son temps et, à bout d'arguments, mon interlocuteur me dit : De toutes façons, aujourd'hui, ça reviendrait au même...<br /> La Durée est relative et, peut-être, l'expression d'un choix antérieur non remis en question par une cause majeure...<br /> A "calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose"...je rajoute "Aimez, aimez, il n'en sera rien oublié." Car je crois qu'il est vrai que "Rien ne se crée, Tout se Transforme"
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W
<br /> "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se Transforme".<br /> J'viens d'apprendre que c'était pas Lavoisier à l'origine de cette maxime.<br /> <br /> Sinon, j'ai parfois du mal à comprendre les messages cachés de tes coms <br /> <br /> <br />